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La croissance du cyclisme virtuel se traduit par les premiers mondiaux (Radio-Canada Sports)

jeudi, 10 décembre 2020
Pier Andre Cote La Presse

Le monde du vélo se renouvelle en cette période de pandémie. Pour la toute première fois, des Championnats du monde de cyclisme virtuel, sanctionnés par l’Union cycliste internationale (UCI), ont été tenus mercredi.

C’est l'Allemand Jason Osborne qui a remporté la course masculine grâce à une irrésistible poussée dans l’ultime ascension du circuit Watopia, sur la plateforme Zwift. L’athlète de 26 ans a décroché le maillot arc-en-ciel et une bourse de 8000 euros (12 365 $ CA). Il a parcouru les 50 kilomètres en 1 h 5 min 15 s.

Les Danois Anders Foldager et Niklas Pedersen ont respectivement terminé aux 2e et 3e rangs.

Le meilleur des cinq Canadiens en lice a été Matteo Dal-Cin d’Ottawa qui a pris le 7e échelon, à 2,88 s du vainqueur. Pier-André Côté de Saint-Henri-de-Lévis a fini 19e avec un retard de 9 secondes.

On s’y attendait que ce soit vraiment relevé comme niveau, dit l'athlète de 23 ans, membre de l’équipe pro continentale Rally. Ce qui était unique avec cet événement-ci, c’est qu’il y avait des tops de toutes les disciplines, de tous les horizons. On avait des triathloniens incroyables, le champion du monde de vélo de montagne en cross-country, les spécialistes de Zwift et les coureurs plus traditionnels, de route, comme moi. Et le fait que ce soient les Championnats du monde, tout le monde arrive gonflé à bloc.

Osborne, le gagnant du jour, est issu de l’aviron. Il a même été couronné champion du monde en skiff chez les poids légers en 2018 et est qualifié pour les Jeux olympiques l’été prochain, cette fois en deux de couple poids léger.

Contrairement à une vraie course de vélo sur route, de quatre ou cinq heures, une épreuve virtuelle peut favoriser les coureurs venus d’un autre sport. C’est un concours d’aérobie, en quelque sorte.

«On entre tout de suite dans le vif du sujet. Ça favorise un type d’athlètes différent. Il peut y avoir des experts de Zwift qui ne sont pas nécessairement aussi compétitifs sur la route, mais qui en se spécialisant sur un effort d’une heure, c’est sûr qu’ils prennent un avantage sur les athlètes plus conventionnels qui peuvent faire de longues courses d’endurance», a fait valoir Pier-André Côté.

Cela dit, l’équipe canadienne a donné un bon spectacle tout au long de cette épreuve même si les positions au classement final ne le reflètent pas tout à fait. Lionel Sanders, Jordan Cheyne et Charles-Antoine Chrétien ont conclu la course en 29e, 39e et 45e places, respectivement.

Par exemple, avec 13 km à faire, les Canadiens occupaient les quatre premiers échelons avec Dal-Cin en tête, devant Chrétien, Sanders et Cheyne, tandis que Côté était en 7e place.

Le Canada pouvait compter sur Brett Boniface, un spécialiste de ce type de courses, qui agissait en tant que directeur sportif. Il donnait ses instructions grâce à un système vocal sur lequel ses athlètes étaient branchés.

«Il y a certains points dans un jeu virtuel où tu peux accélérer et dont les effets d’aspiration sont plus importants, selon la vitesse, le dénivelé et la pente, explique Charles-Étienne Chrétien, un athlète de 21 ans originaire d’Amos. C’était un point où l’effort à mettre pour gagner de la vitesse sur le dessus, avant de basculer sur la descente, était vraiment payant. Un effort de 10 secondes va te rapporter beaucoup. C’est facile de prendre une avance de quelques secondes sur le groupe. Les autres capotent un peu quand ils voient qu'il y a un écart de deux ou trois secondes. Ça coûte beaucoup plus cher pour faire la jonction que ce que nous avions fait. L’idée était de faire dépenser de l’énergie à des cyclistes qui étaient de bons prétendants à la victoire.

Des vedettes dans le peloton

Des noms prestigieux, il y en avait plusieurs sur la liste des participants. Qu’on pense à Rigoberto Uran, 2e au Tour de France en 2017, ou à Thomas De Gendt qui a pris le 3e rang du Tour d’Italie en 2012. Mais ils n’ont pas été dans le coup.

« Souvent, les gros noms sont ceux qui prennent ça le moins au sérieux et qui sont les moins familiers avec la plateforme. Quand tu as un calendrier de 70 ou 80 jours de courses professionnelles, tu ne fais pas de compétitions sur Zwift. C’est un avantage pour nous. Les porteurs de maillots jaunes au Tour de France, les meneurs au Tour d’Italie ou à la Vuelta ont été les premiers à être largués. Ils ont fait de grands tours jusqu’en novembre et sont dans leur saison de repos», a expliqué Charles-Étienne Chrétien.

« C’est comme n’importe quel jeu vidéo, ajoute Pier-André Côté. Il y a une aisance à développer avec le jeu. Oui, il faut forcer avec nos pattes, bien entendu. Tu ne peux pas faire un bon résultat sans bien connaître le jeu. Tu ne peux pas non plus sans les jambes. Ça prend les deux.»

Le calibre risque d’augmenter avec les années alors que plus d’athlètes se familiariseront avec les courses virtuelles. Mais déjà, le phénomène est en pleine expansion.

« Il y a beaucoup de cyclistes qui sont déjà dans des équipes virtuelles et qui ne font pas nécessairement de courses sur route, indique Chrétien, qui roule avec la formation continentale Aevolo. Depuis trois ou quatre ans, la plateforme n’arrête pas de s’agrandir. Je suis sûr qu’après la course d’aujourd’hui, tu vas voir apparaître des résultats de courses virtuels pour des équipes continentales. Ça va devenir de plus en plus crédible.»

Trois Canadiennes chez les femmes

Olivia Baril Bike
Macogep-Tornatech

Côté féminin, la victoire est allée à la Sud-Africaine Ashleigh Moolman-Pasio qui a devancé l’Australienne Sarah Gigante dans le sprint final. Elles avaient creusé un écart fatidique dans les 900 derniers mètres. Cecilia Hansen, de la Suède, les a accompagnées sur le podium.

Georgie Simmerling, ancienne skieuse devenue spécialiste de la piste, était de cet événement. Membre de l’équipe de poursuite médaillée de bronze aux JO de Rio, Simmerling a obtenu le meilleur résultat canadien avec une 18e position. Olivia Baril a pris la 23e place, tandis qu’Olivia Naeth a terminé au 34e rang.

Je m’attendais à une course plus difficile, que plus de personnes se fassent larguer et qu’on arrive à la fin avec un plus petit groupe, a raconté Olivia Baril. Nous, l’équipe canadienne, on n’avait que trois coureuses. Alors, c’était difficile d’imposer un gros rythme ou de faire de grosses attaques. Il aurait fallu que nous soyons toutes impliquées pour la victoire. C’est sûr qu’on voulait se garder des réserves pour la fin et c’était un peu difficile.

Habituée de la plateforme Zwift, la coureuse de Rouyn-Noranda se réjouit que les bourses féminines soient équivalentes à celles des hommes pour ces mondiaux.

D’ailleurs, l’aspect financier n’est pas étranger à la popularité croissante du cyclisme virtuel.

Baril, amie de cœur de Charles-Étienne Chrétien avec qui elle vit en Espagne depuis octobre, a participé au Tour de Watopia en début d’année. Elle a d’ailleurs gagné une jolie somme grâce à une belle performance.

« J’ai terminé 2e au classement cumulatif, a-t-elle dit. Avec chaque course il y avait aussi des bourses, en plus de celle du classement cumulatif. J’ai fait 6500 $ US (8325 $ CA) que j’ai partagés avec les membres de mon équipe. Alors, ça nous faisait environ 1600 $ (2000 $ CA) chacune.»

La jeune Abitibienne se réjouit par ailleurs de s’être jointe à la formation espagnole Massi-Tactic qui lui permettra de participer à quelques courses du WorldTour féminin, ses premières à vie.

«Il y a beaucoup d’argent à faire. Les meilleures équipes gagnent beaucoup de bourses. C’est une des grosses motivations pour faire des courses virtuelles.» - Olivia Baril

(Un article de Michel Chabot)

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